La boucle est bouclée

lundi 30 juillet 2012

Lost in la mancha


À Cervantes, il n'y a pas de moulin à vent. Ni de canasson nommée Rossinante. Par contre, Don Quixote est parmi nous.
Je vous rassure tout de suite, je ne suis pas encore totalement barge ("je ne suis pas folle vous savez") et rappelez-vous une chose primordiale : tout ce que je vous raconte est vrai (sauf ce qui est  faux).

Thetis Lake
J'habite depuis maintenant 2 semaines au Cervantes Lodge, une auberge de jeunesse et aussi un genre de motel (2 bâtiments différents). Je suis en Helpexchange, en échange de quelques heures de boulot le matin, j'ai un dortoir de 4 gratos pour moi toute seule. L'auberge est vraiment clean (normal, c'est moi qui m'en occupe) et tout fonctionne dans la cuisine ce qui est assez incroyable. Le seul problème c'est qu'il n'y a personne pour me faire à manger, quelle honte... Petit living-room sympathique avec canapés moelleux, écran plat, DVDs et des bouquins.

que c'est beau la plage de Cervantes...
Cervantes est un petit village de 500 habitants, situé à 250km au nord de Perth. Toutes les rues de Cervantes, ou presque, ont un rapport avec l'Espagne : Barcelona, Sevilla, Aragon, Picasso, Iberia, Castilla...
Mais pourquoi donc Cervantes s'appelle Cervantes, je sens que ça vous intrigue autant qu'une salade (c'est la deuxième fois que je fais cette blague (et que personne ne la comprend, et pour cause), il faut que je me renouvelle).


Histoire de Cervantes. Le village a été crée en 1962-1963 pour accueillir les touristes venus admirer les Pinnacles du Nambung National Park (j'y reviendrai un autre jour). Il a été nommé d'après Cervantes Island situé pas bien loin du village. L'île a été nommée d'après le baleinier américain Cervantes qui s'y est échoué en 1844. Le baleinier a été nommé d'après l'auteur espagnol Miguel de Cervantes mais je ne sais pas pourquoi. Les américains sont étranges, il aurait été plus logique de nommer leur baleinier Melville. Mais bon.

les magasins
Revenons au village. Ben y'a pas grand grand chose. Une plage, très belle mais pas trop baignable, il fait un peu frais en hiver. Et les courants sont forts. Et il y a pas mal d'attaques fatales de requins blancs dans les environs des parages. Il y a aussi des "magasins" : le bureau de poste/office du tourisme/magasin de pêche/marchand de journaux/..., un café/resto, une boutique de fringues, un marchand d'alcools et un supermarché. Le supermarché le plus cher de la planète où on peut acheter un paquet de céréales à 11,45$ ! Il y a également un pub, of course et 2-3 restos, cafés par-ci par-là.
En ce moment, c'est l'hiver. Mais il fait plutôt bon, ça n'a rien de comparable avec un hiver français. Le problème c'est le vent, il est assez frais. Sinon, il fait entre 17 et 25°C

pélicans et galah
Parlons un peu des gens maintenant.
Voici Tony, c'est le propriétaire du Cervantes Lodge. Début de la soixantaine je dirais, anglais d'origine, très gentil, fut musicien professionnel dans ses jeunes années, joue de la basse dans un groupe du coin (répèt' tous les jeudis soirs !) et il est à fond sur les "théories du complot". Peut-être a-t-il raison, peut-être a-t-il tort (je pense qu'il est fiché de partout), mais c'est pas grave, je l'écoute quand même gentiment. Ça a commencé doucement avec le 11 septembre qui est un inside job, puis la vaccination qui est un crime contre l'humanité, les médicaments contre les maladies psychiatriques qui tuent les enfants, les crop circles qui sont les manifestations d'une intelligence supérieure, l'existence des extra-terrestres, décembre 2012... j'en passe et des pas mûres.

kangourous du soir
Tony (et sa partenaire Dineke, que je n'ai pas encore rencontrée parce qu'elle est en vacances au pays natal, Pays-Bas) est un adepte de la raw food. Il ne mange pas de viande, pas de produits laitiers et rien de cuit à plus de 40°C. En gros, des fruits et légumes crus.
Tout cela rejaillit sur l'auberge. Dans la cuisine, des affiches pour la raw food, des photos de crop circles, dans le living room des magazines dont je n'avais jamais entendu parler avant (Nexus, New Dawn, Uncensored...) dont les titres parlent d'eux-mêmes : The coming of Comet Elenin, "Conspiracy Theory" or... Conspiracy FACT?, UFOs & the search for higher consciousness. J'ai aussi trouvé un rapport prouvant l'existence des extra-terrestres et un dossier sur les crop-circles. Parmi les DVD aussi c'est la fête : Crop-circles, raw food, les médicaments c'est pas bien, les banquiers c'est des voleurs (je simplifie un peu, j'ai oublié les titres), Sin City... c'est marrant quoi.

poisson-herisson
Et puis il y a Geon. C'est un australien d'origine coréenne, 43 ans, il est arrivé à l'auberge il y a plus d'un mois quand sa chaîne de moto a commencé à montrer des signes de faiblesse. Il voyage autour de l'Australie, peinard. Il s'est fait piquer par un méchant moustique il y a presque un an et a choppé la Ross Murray Fever, un truc qui met à terre apparemment, grosse fatigue. Il est également schizophrène m'a-t-il dit, mais ne prend pas de médicaments. Bien, bien, bien. Mais il est franchement sympa, c'est un bon gars et il m'aide pour le boulot. Parce que depuis qu'il est à Cervantes, il s'ennuie un peu alors il donne un coup de main à Tony juste comme ça. Chouette. Après le boulot, on va courir ensemble sur la plage, juste 15 minutes, de toute façon c'est fatiguant de courir sur le sable, je peux pas courir plus. Et puis on fait un petit tour, on revient en marchant. On croise des kangourous, pas mal grands, on a même vu un lézard bizarre, un étrange poisson hérisson échoué sur le sable. On va parfois jusqu'au Lake Thetis, remplit de stromatolites. Je n'ai toujours pas compris ce que c'était...

stromatolite du Thetis Lake
Au-dessus de l'auberge, il y a un appartement, pour les familles en général. Et il y a surtout des supers bouquins, Tony m'a dit que je pouvais en emprunter tant que j'étais là, ça c'est cool.
Je suis parfois à la réception, j'avais oublié à quel point c'était chouette d'avoir à faire à des clients... en réalité ils sont tous très cools, parce qu'en vacances. Mais il y a toujours une exception qui confirme la règle : un couple est arrivé pour 3 nuits dans une chambre du motel avec double vue sur l'océan, la plus belle chambre. La femme a jeté un œil, ça ne lui allait absolument pas. On lui a montré l'appartement, ça n'allait pas non plus, elle trouvait toujours à redire, c'était terrible, jamais contente. Finalement ils sont restés parce que bon les annulations ça se fait pas comme ça sans laisser de thune. Ça m'a fait penser aux quelques supers clients de la librairie, jamais contents, bonheur !
Tous les lundis, il y a un petit bus de circuit organisé qui vient, en général, on a les restes du dîner, ça c'est top.  Les gens laissent de la bouffe parfois, je mange souvent gratos.

Franchement !
Ah oui au fait, où est Don Quixote ? C'est tout simplement le nom du café du Cervantes Lodge.

la classe

mardi 24 juillet 2012

Pendant ce temps-là, à Cooranga...

Oui, cette ferme m'a marquée. En exclusivité spéciale, une reporter a été dépêchée sur place pour suivre l'évolution de cet endroit. Tout à fait, Mathilde a décidé de retourner là-bas au péril de sa vie. Il faut ce qu'il faut lorsqu'on veut rester en Australie une deuxième année, hé hé hé !

Commençons par le campement :
Bonne nouvelle, les australiens se sont fait virer (enfin !). Ils venaient travailler quand ça leur chantait, donc fired ! Mathilde a donc la grande chance de loger dans l'ancienne mini-boîte de Daniel. À savoir que les mini-boîtes sont équipées de chauffage, ça change tellement la vie en hiver...
Erika et Lowell sont toujours là, dans leur belle maison et ont de plus en plus de plantes. Erika cuisine toujours des gâteaux, des pizzas...
Nathan et Henry vivent toujours dans le coin. Ainsi qu'un autre coréen.
Bien évidemment, Jérôme le pickeur et sauveteur de l'humanité est fidèle au poste.
Inae a quitté le campement pour aller vivre à Mundubbera en colocation mais elle bosse toujours à la ferme. La mini-boîte d'Inae est donc devenue la cuisine de Mathilde et Jérôme, parce que la cuisine commune est vide, silencieuse et toujours aussi dégueu. Bon surtout la porte ne ferme toujours pas, donc il fait froid (c'est l'hiver), il y a des cockroaches et aussi un rat qui renverse la poubelle toutes les nuits. C'est merveilleux Cooranga !
Les douches sont maintenant mixtes car il n'y a plus d'eau chaude chez les mecs.
Et Grant le fameux (ou fumeux ?) s'est barré ou s'est fait virer, c'est assez flou, il y a plusieurs théories :
Version d'Inae : Grant s'est engueulé avec Ken
Version de Jérôme : un jour Ken a dit à Grant d'aller au picking parce qu'ils n'avaient plus besoin de lui au shed. Grant a pas compris, il est allé demandé à Mary qui a dit "je sais pas". Il est allé demandé à Paul qui a dit "je sais pas". Il est retourné voir Ken qui a dit "je sais pas". Grant est rentré, a pris une journée pour réfléchir et s'est barré de cette ferme de fous.
Version d'Erika : Lana et Gary ont été embauchés au shed pour gérer la situation, plutôt catastrophique. Forcément, ça faisait trop de monde au shed, Ken a suggéré à Grant d'aller piquer. Il semblerait que Ken et Grant se connaissent depuis un bail et ne peuvent pas se blairer, Ken a donc profité de la situation chaotique pour se débarasser de son ennemi juré. Niark, niark, niark.
Qui dit mieux ?
Le chemin de la route est toujours magnifique : des kangourous, des émeus, des vaches!

Nouvelle de la plus haute importance : le puzzle 1500 pièces non terminé est toujours sous mon lit. Il a été découvert après que Jérôme ait démonté une fenêtre pour ouvrir la chambre si jamais des gens voulaient y dormir après la soirée Barbecue. Parce que oui, le campement Cooranga se sociabilise, c'est incroyable ! Ils ont invité des gens extérieurs au campement, leurs potes de boulot (packing et picking confondus) pour venir partager un bon moment à Cooranga camp, que c'est beau. (je pensais même pas que c'était possible de passer un bon moment à Cooranga)

samedi 21 juillet 2012

Revelation


Quand on voyage, on en apprend beaucoup sur soi-même. Un peu comme la montagne ça vous gagne ou les produits laitiers des sensations fortes. J'ai ainsi compris que certes le camping c'est pratique mais bon c'est quand même pas fait pour moi.
Mais la plus grande révélation qui m'a frappée de plein fouet était en réalité une évidence. C'est dur, mais parfois il faut arrêter de se voiler la face Je dois maintenant regarder la vérité en face et arrêter de me mentir : oui, je suis accroc au chocolat.
Je ne peux pas m'en passer, alors pourquoi essayer ? Quelque soit sa forme, il me faut du chocolat tous les jours. J'ai bien tenté d'arrêter et de ne pas en acheter mais je n'arrive pas à tenir, je retourne au supermarché me payer une glace, un muffin, une tablette, des Tim-Tam, des cocoa orbits, des cookies, du lait chocolaté ou que sais-je encore ! Le chocolat coule dans mes veines, il est essentiel à mon fonctionnement, c'est mon carburant. Le chocolat fait ma force et je loue le chocolat.

Pour ma fête, j'ai mangé le chocolat le plus naturel que j'ai jamais gouté : du beurre de cacao fondu mélangé à du miel (pour le sucre) et du cacao en poudre, c'était dément.


jeudi 19 juillet 2012

Kalbarri



Coastal Cliffs
Broome-Kalbarri, 26h de bus. Bus blindé, chauffeurs crétins, formidable ! J'ai rencontré une gentille dame, Beverley de Perth, et nous avons discuté en français pendant "Hellblazer". Parfois, dans les magnifiques bus Greyhound on a droit à des films. C'est arrivé assez rarement pour moi et j'ai vu des films aussi variés que "Marley et moi" ou "Gorilles dans la brume". Pendant ces 26h de voyage, ce fut un festival de films, pas un moment de répit, de 7h à 21h et rebelote à 7h30 le lendemain  matin, bonjour le mal de crâne. C'était pas vraiment de la qualité en plus.
Et malheureusement, retour de la pluie, des nuages et du froid, ça faisait un bail...

ceci est une baleine de loin (comme Alain)
J'arrive à Binnu vers 9h30 avec presque 1h de retard. Je devais prévenir l'auberge qui vient me chercher (60km de Binnu à Kalbarri), mais mon téléphone n'avait pas de réception et le chauffeur, un sale con (désolée ma tante), n'a pas voulu utiliser son téléphone. Mais c'est pas grave, le mini-bus est quand même là à m'attendre, j'en ai de la chance. La route passe à travers le National Park, c'est tout vert de partout, des bushes à perte de vue, ça change ! Et soudain, en haut d'une montée, l'océan apparaît, tout bleu ! Carol me dit "oh tiens une baleine !" On est à des kilomètres de l'océan, je ne vois que du bleu.
L'auberge est cool, il n'y a pas grand monde, nous sommes deux dans un dortoir pour 8, ça va. Jacqui de Perth a une voiture et me propose de venir aux Coastal Cliffs pour le coucher du soleil. Ben ça c'est gentil, et c'est bien joli. Belles falaises rouges et avec la lumière du soleil couchant ça rend encore mieux. Le lendemain, nous allons ensemble au Kalbarri National Park, à une vingtaine de kilomètres de la "ville" (2 000 habitants). 

Coastal Cliffs au soleil couchant
C'est donc vert, chemin jaune et des gorges impressionantes. La fameuse Nature's Window : un rocher en bordure de falaise avec un trou au milieu (comme une fenêtre), donc vue sur la rivière en dessous. C'est pas mal chouette.

Nature's window
J'ai vu des baleines à Kalbarri, pour de vrai. Je me promenais tranquillement, jusqu'au lookout où la Murchison River se jette dans l'Océan Indien (ou vice-versa). Des gens au lookout, avec leurs enfants, pointaient du doigt "oh regarde là-bas, une baleine" et ils expliquaient à leurs gosses comment les voir. J'écoutais, évidemment, sans trop les croire (la faute à qui, hein ?). Il faut avouer qu'il n'y a pas grand chose à voir au début. Un reflet de soleil sur l'océan (en fait sur la nageoire), une espèce de rocher qui bouge, qui apparaît et disparaît et c'est censé être une baleine. Quel genre de baleine ? Aucune idée... Mais c'était cloolsse quand même, j'ai vu des baleines !

encore une baleine
À Kalbarri, j'ai beaucoup dormi, ça m'a fait grand bien. J'ai pas mal lu aussi (en anglais, en plus). Ici,  c'est l'hiver, je ne suis plus dans la zone Wet ou Dry (d'ailleurs, adieu crocodiles !). C'est plutôt un hiver doux, comme un été en Bretagne sans la pluie. Il fait frais, il y a un peu de vent, mais le ciel reste bleu.

tiens, un coucher de soleil
C'était vraiment bien Kalbarri.

oh, encore  un coucher de soleil

samedi 14 juillet 2012

Je suis grande, l'Australie est toute petite

Depuis que je suis dans ce merveilleux pays étrange avec plein de kangourous dedans, je n'arrête pas de vous répéter à quel point l'Australie c'est grand (je dirais même plus, c'est énorme Thérèse). Après 10 mois ici, je me rends à l'évidence, tout ceci n'est qu'une vaste fumisterie. J'ai plus de mal à croiser des gens que je connais à Toulouse que de retomber sur de vagues connaissances en Australie. C'est dingue quand même. Exemples :

Au mois d'avril, alors que je faisais les courses à l'IGA de Mundubbera, j'entends parler français derrière moi. Obligée de me retourner pour attraper des faux Tim-Tam, je me retrouve nez à nez avec un gars et une fille qui me dit "Hey !" en me regardant fixement. Elle enchaîne "On s'est vu en Tasmanie". J'essaye de resituer "Euh ouais ?" Elle précise "À Hobart, on était dans le même dortoir". Je crois me souvenir "Ah ouais." Conversation hautement intéressante, j'en conviens. Tout ça pour montrer qu'à 6 mois d'intervalle, à quelques milliers de kilomètres de distance, on se revoit dans une ville paumée du Queensland, c'est assez invraisemblable.
Alors que revoir Mathilde à Byron Bay, sachant qu'on a quitté Sydney plus ou moins au même moment et qu'on remontait la côte est, était très plausible, voire normal (mais qu'est-ce que la normalité ?!)
Je suis retombée sur Lucie que j'avais connu à Melbourne en janvier pendant l'Open d'Australie. Par hasard, au McDo d'Airlie Beach, au mois de mai. Et là, pour le coup, nos chemins étaient bien différents. Après Melbourne, elle allait faire la côte Ouest et moi la côte Est.

Mais je pense que la palme de la rencontre la plus dingue de tous les temps c'était à Broome.
Un matin, à l'auberge de jeunesse, je sors de la douche, un type est planté devant l'entrée des ladies bathroom et me demande en anglais si l'eau est chaude. Parce que dans les gentlemen bathroom, c'est froid. Une fille est là et lui dit de venir se doucher ici. Il rentre, j'aperçois sa serviette Stade Toulousain et je l'interpelle à ce sujet. À son accent à couper au couteau, y'a pas de doute, il est bien de Toulouse. Il me demande :
- Et toi tu viens d'où ?
- Toulouse aussi
- Toulouse même ?
- Ouais, Compans Caffarelli
Le type bugue un peu, me regarde bizarrement, je me demande si lui est bien de Toulouse même (il est peut-être d'Auzeville en fait...). Je répète :
- Compans Caffarelli, le Canal du Midi, tout ça...
Et là, il me sort mon adresse. Qui est visiblement la sienne aussi.
- Moi aussi !
- C'est pas vrai ?! Appartement 13
- 3ème étage, appartement 16
Je n'avais jamais vu ce gars de ma vie et nous avions pourtant été voisins de palier. On s'est donc rencontré pour la première fois dans les ladies bathroom du Roebuck Bay Backpacker à Broome, Western Australia, Australia.
C'est pas un peu fou-fou ça ?



samedi 7 juillet 2012

Broome Broome

Broome, à peine 15 000 habitants, capitale de la perle, célèbre pour ses balades en chameau sur Cable Beach (chameau ou dromadaire, peu importe) et ses courses de voitures (ceci est une blague).
Située au Nord de l'Australie Occidentale, état représentant environ 1/3 du pays, Broome est une destination idéale pour passer l'hiver à la plage. Températures entre 25 et 30°C, pas de pluie, de rares nuages et Cable Beach, grande plage de sable blanc. Seul bémol : il n'y a vraiment rien à faire. Ce qui n'est pas forcément un problème lorsqu'on a envie de glander.
Après que Jeff m'ait plantée au Visitor Centre de Broome pour, disons divergences d'opinions, je suis restée 10 jours dans cette ville à trouver une solution de secours et à flemmarder. Objectifs atteints ! J'ai trouvé un Helpex de mi juillet à fin août à Cervantes (moi qui n'ai même pas lu Don Quichotte...) et je passe la plupart de mes aprèms à lire et écrire à la plage. Dure la vie.

dauphin !
J'ai un peu visité aussi, il y a tout de même quelques trucs à faire et à voir.

Par exemple, des empreintes de dinosaures à Gantheaume Point datant d'il y a longtemps avant Jésus Christ (vieilles de 120 millions d'années, ouh la, ça date pas d'hier tout ça). Grande balade pour arriver jusque là. J'y suis allée avec Nathalie, une anthropologue belge rencontrée dans mon dortoir. Promenade à Cable Beach, les pieds dans l'eau (un peu frais l'Océan Indien), coquillages pas mal, et on voit même des dauphins ! (le dauphin l'animal. Je précise pour les bilingues). Trop cloolsse quoi. Par contre, je n'ai pas vu de baleines à bosse qui sont censées passer dans le coin de juin à octobre...

empreintes de dinosaure
Après avoir marché des kilomètres sur la plage, avoir traversé le parking de 4x4 en bout de plage puis longé un chemin de terre en évitant de nous faire écraser, nous voilà enfin à Gantheaume Point ! Un phare quelconque, voire assez laid, mais des rochers rouges magnifiques. Et les fameuses empreintes de dinosaures! En fait, c'est une réplique, les vraies ne sont visibles qu'à marée très basse et j'ai loupé le coche. Tant pis. C'était quand même balèze.

Gantheaume Point
Nous rentrons ensuite dare-dare. En effet, comme à Alice Springs, il est déconseillé de se promener à la nuit tombée. Nous réintégrons l'auberge à 18h20, il fait nuit noire depuis déjà 20 minutes. Ben oui, c'est l'hiver.
Je suis également allée faire un petit tour au cimetière. Très intéressant le cimetière, séparé en plusieurs parties : anglican, catholique, musulman, malais, chinois, japonais. Broome est donc connue pour ses perles. Mais les perles il faut plonger pour aller les chercher au fond de l'eau. Comme c'était assez dangereux, les australiens, courageux comme toujours, laissaient plonger les aborigènes, les malais, les chinois, les japonais.... Résultats, plongée en apnée : noyade ou croquage par des requins. Plongée en scaphandre (oui, comme dans Tintin, encore) : accident de décompression. Sympa !

Tombe japonaise
Enfin, Broome ne serait pas Broome sans son célèbre "Staircase to the Moon", visible de mars à octobre, à marée basse, pendant la pleine lune (il faut beaucoup de conditions). Je suis allée voir ça avec Rie, une japonaise cool de mon dortoir (décidément, il n'y a que des gens exceptionnels dans ce dortoir !) et son pote Naoki, japonais également. Lever de lune prévu à 18h06, nous sommes à Town Beach vers 17h30 et c'est blindé de monde partout. On parvient à trouver une place et on attend. Le soleil se couche, il fait nuit, on attend encore. Soudain, un point orange qui devient trait apparaît à l'horizon et lentement la lune sort de l'océan. Comme un lever de soleil, alors qu'il vient à peine de se coucher. Ça flashouille de tous les côtés, j'en deviendrais presque aveugle. Et les marches apparaissent sur l'océan et les mudflats rendus visibles par la marée basse. C'est beau. La lune monte encore plus, petit à petit l'escalier disparaît et la lune devient jaune. Spectacle terminé. Tout le monde va au marché, juste à côté pour l'occasion, pas cons les commerçants !

Staircase to the Moon
Le lendemain, toujours avec Rie et Naoki, on se fait une bouffe japonaise maison dantesque. On va à l'auberge de Naoki, la notre étant dépourvue de tout ce qui fait une cuisine. Après rapides courses au Woolworths et cuisson du riz "very important", sushi temaki à volonté !! saumon, ebi, kani, kewpi mayonnaise, yummi ! Je n'en peux plus. Ils préparent des onigiri avec les restes pour le déjeuner du lendemain et m'en filent évidemment, c'était bien bon.

coucher de soleil à Cable Beach
D'ailleurs, j'ai décidé de partir au Japon pour mon prochain voyage. C'est plus facile, il y a des ferries au départ de Russie, Chine, Corée du Sud, je n'aurais pas à m'angoisser sur la venue ou non du cargo. Mais bon, c'est pas pour tout de suite, je suis toujours en Australie, je dois rentrer en France, renflouer les caisses et apprendre le japonais, ça va prendre du temps tout ça. Rie m'apprend quelques mots et Nathalie m'a filé des Miyazaki (Totoro, Mononoké, Nausicaa) dont certains en japonais.

Town Beach

Touristes australiens

Pendant ces presque 2 semaines de road-trip avec Jeff, j'en ai rencontré des gens. Mais pour une fois, que des touristes australiens. Pas un allemand, pas un français, quel changement !
La grande majorité a entre 60 et 80 ans et profite de leur retraite pour visiter l'Australie qu'ils connaissent bien peu finalement.
Malgré mon jeune âge, ils m'ont accepté en tant que Grey Nomad, surtout lorsque je leur ai appris que j'avais quelques cheveux blancs. On discute sur nos chaises de camping autour d'un feu, une canette à la main, c'est chouette.
En général, ils vivent dans le sud de l'Australie, Victoria, New South Wales, et partent sur les routes 4 à 6 mois par an, pendant l'hiver. Ils montent au nord où le temps est plus clément. Ils voyagent en couple mais parfois partent à plusieurs, en convoi : 3-4 caravanes, entre amis.
Certains ont vendu leurs maisons et vivent sur la route en continu. D'autres ont loué leur maison pour 1 ou 2 ans histoire de voyager à plein temps mais dans l'idée de rentrer un jour. Il y en a qui ont commencé à mener ce style de vie vers 70 ans et regrettent de ne pas l'avoir fait plus tôt...
En tout cas, ils sont bien gentils avec moi et me nourrissent parfois. Moi qui me plaignait du manque de pain digne de ce nom dans ce pays, j'ai eu l'occasion de goûter le damper : une pâte à pain à base de farine et de bière, cuite dans les braises du feu de camp. C'est tout chaud, délicieux avec du beurre et de la confiote.
On m'a aussi offert un dessert appelé dumpling fait maison et pas du tout trop sucré : sorte de gâteau à base de farine, de sucre et de beurre mélangé avec du golden syrup, du beurre et du sucre. Le tout servi avec de la custard maison, sugar rush !
Bref, j'aime bien les vieux.
Sur la route, il y a également quelques rares familles qui voyagent sans jamais trop s'installer. J'en ai rencontré à Halls Creek, ils vivaient dans une espèce de grand bus totalement réamménagé. Un couple avec leurs 3 enfants de 6 à 12 ans et un chat. La mère leur faisait l'école le matin. Pauvres gosses...

lundi 2 juillet 2012

Sur la route (non pas de Madison)

Moi qui ne suis absolument pas une campeuse dans l'âme, je me suis vite adaptée à ce style de vie particulier.


Tout d'abord, Shannon devrait me haïr mais c'est un brave toutou alors il fait avec. Je lui ai piqué son siège passager, il est obligé de passer à l'arrière, couché en hauteur sur des caisses. Je lui ai également volé son lit. Je dors sur sa banquette et lui doit se contenter du sol. En contrepartie, je le nourris et je lui apprends le français à distance pour éviter qu'il ne me bave dessus. Je dois avouer que ses progrès ne sont pas fulgurants, voire quasi nuls, mais on s'entend bien malgré tout.


Jeff a un super 4x4 Nissan Patrol qui roule au diesel et au GPL. Ce qui est parfois compliqué à trouver dans ces contrées reculées. Le diesel ça va encore mais il fut parfois difficile d'en obtenir. Les rares stations services éparpillées le long de la route étaient souvent à sec du fait du grand nombre de Grey Nomads et de road trains. Mais nous ne sommes jamais tombés en panne sèche, c'est déjà ça.
Dans le 4x4, il y a une radio qui tourne continuellement, on entend des bribes de conversation au milieu de grandes plages de silence, ça surprend toujours.
Sur le 4x4, il y a un kayak que je n'ai jamais vu à la flotte pour cause de crocos.


Dans le "coffre" de la caravane, il y a un ULM avec parachute : un aérochute. Des cannes à pêche également. Sur le toit de la caravane, des panneaux solaires et une antenne TV dépliable. Sur le côté de la caravane, dans une cachette, il y a un générateur. Et bien sûr des litres de réserves d'eau.
À l'intérieur, un frigo, un congèl, un évier, un four, une cuisinière, un lit, des banquettes autour d'une table qui tourne, une "antenne" wi-fi, plein de prises et d'interrupteurs différents (24V, 12V, 24V inverter), une télé écran plat, un panneau solaire qu'on sort parfois et beaucoup de rangements.

Lake Argyle
Entre le 4x4 et la caravane, 2 bouteilles de gaz et une cuisinière feu de bois fabriquée maison avec des bouteilles de gaz.

Jeff a la bible du Grey Nomad, un bouquin appelé "Camper wilde australia" recensant tous les espaces où l'on peut camper gratos, c'est très pratique. Dès qu'on arrive sur une aire de camping, il faut trouver le bon spot, puis on s'installe. Jeff met à niveau la caravane, je sors chaises et table pliante, on déploit l'auvent. Et voilà, canette à la main, home sweet home. Autour de nous, ce n'est que ça. Certains ont sorti le barbecue, d'autres la parabole, les panneaux solaires, il y a des vans, des camping-cars, des caravanes. On va causer, on reste peinard, le soleil se couche vers 17h, Jeff prépare le dîner, je fais la vaisselle (et ouais, ça marche toujours comme ça avec moi. Je ne cuisine pas mais je fais la vaisselle) et on regarde un film. Jeff a un disque dur externe rempli de films et de séries. À Darwin déjà il avait des problèmes de connexion. Jeff a tenté une réparation maison à base de cintre et de chaterton (duct tape). Ça n'a duré qu'un temps, pas très long. Ensuite, on a changé de câble, c'était bien mieux. Jeff a tout le matériel nécessaire pour faire un bon Dexter. D'après lui, le duct tape est la solution a beaucoup de problèmes, il voyage avec son 22 rifle (pour abattre les kangourous que nous pourrions heurter en voiture), sa tronçonneuse (même pas c'est une Husqvarna...) et un sacré couteau multi-tâche, genre couteau suisse mais version US. Mais contrairement à Dexter, Jeff n'est pas un tueur en série et c'est plutôt une bonne nouvelle.

Sur la route, simple 2x1 voie, on croise parfois très peu de voitures. C'est alors surprenant de voir autant de monde sur ces aires de camping. Mais il n'y a pas que des touristes sur la route, il y a aussi des road trains. Ce sont des camions qui ne transportent non pas 1 ou 2 remorques mais plutôt 4 ou 5. ils peuvent mesurer jusqu'à 50m de long et tracent sévère. C'est déjà pas mal d'en croiser, mais se faire doubler par un road train transportant 5 citernes, c'est impressionnant.


Les "villes" que l'on traverse ne sont parfois qu'une simple station-service/supermarché, un pub/"hôtel" et quelques maisons de ci-de là. Et puis pas une habitation, rien sur 200-400km. Juste une route, des arbres, des montagnes, quelques voitures brûlées sur le bas côté et beaucoup d'oiseaux genre corbeaux en raison de nombreux kangourous écrasés...

Bungle-Bungle

Mise en route

Je suis donc partie avec Jeff, son chien Shannon (trop cloolsse, mais j'y reviendrai), le 4x4, le canoë sur le 4x4, la caravane et l'avion (un ULM) dans la caravane, à côté de la douche.


Sacré attirail, je vous le dis.

ULM
Jeff est un plombier retraité de 60 ans. Lorsque sa femme l'a quitté il y a 5 ans, il a déprimé grave. Son médecin lui a donné deux options "Jeff mon pote, je peux te gaver d'anti-dépresseurs ou tu peux tailler la route avec ta caravane et ton chien. Shannon est super bien dressé, je peux en faire ton companion dog, il devra porter un manteau bleu affreux mais il aura le droit d'aller partout où tu iras." Jeff a dit "Banco ! Je garde la caravane" C'est ainsi que Jeff et Shannon s'en vont sur les routes australiennes environ 6 mois par an, lorsque les beaux jours sont fini à Warrnambool sur la Great Ocean Road.

Shannon a 12 ans et toutes ses dents. C'est un golden-retriever trop sympa, cool, bien élevé, bien entraîné, parfait.

Shannon
Mais en fait, c'est un peu Clark Kent. Quand Jeff lui met son manteau bleu, Shannon devient Superman. Il a le droit d'aller partout, même là où les chiens sont interdits. Il a même escaladé Uluru (et oui, Jeff est australien, bien sûr qu'il a escaladé Uluru). Tout le monde est épaté, vient le caresser, il adore ça. Il a la classe.
Et puis, il y a Cloolsse Shannon. Lorsqu'il a son manteau bleu et qu'il se tient lui-même en laisse, il est trop cool, il en devient cloolsse. Il parade, la laisse dans sa gueule, même pas il regarde les autres chiens tellement ils sont insignifiants à ses yeux. Les gens sont plus qu'épatés, c'est une vraie star, il est en smoking sur le tapis rouge avec lunettes de soleil et il ne s'arrête pas pour signer des autographes, à peine s'il sourit aux photographes. Bref, j'aime ce chien. Je voyage avec une star.

Cloolsse Shannon
Pour voyager avec Jeff, j'ai un peu menti sur mon CV. Beaucoup menti en fait. Que sur deux points en réalité. J'avais vraiment envie de partir de Darwin et d'aller sur la côte ouest il faut dire. J'ai donc répondu à son annonce et on s'est rencontrés pour discuter.
Il est arrivé avec son chien, il m'a payé un chocolat chaud et il m'a dit "t'aimes les chiens ?"
"Bien sûr, quelle question ! Qui n'aime pas les chiens ?!" j'ai répondu en essayant de me convaincre moi-même en regardant ce grand gentil chien dans les yeux en pensant "s'il te plaît ne grogne pas". C'était mon premier mensonge, j'aime pas les chiens.
Il a continué "j'adore nager, dès que je trouve un coin où il est possible de nager, j'y vais alors j'espère que t'aimes te baigner" "bueno bueno super bueno ! J'adore nager ! Je suis née avec des nageoires à la place des bras. D'ailleurs je suis verseau, signe d'eau et à 3 semaines près j'étais poisson". J'ai dû me baquer moins de 10 fois depuis que je suis en Australie. Ça fait 9 mois que je suis arrivée... Honte à moi.
Mais bon, ça a marché, il a rencontré deux autres personnes et finalement il m'a rappelée pour me dire que c'était ok !


Conclusion les enfants : le mensonge ça paye, c'était la morale de cette histoire, bonne nuit les petits, quelle belle histoire Père Castor !