La boucle est bouclée

lundi 21 mai 2012

Agnes Water/Town of 1770

Après Cooranga, j'avais grand besoin de vacances, un retour à la civilisation et surtout de lieux propres.
Le lendemain de notre dernier jour de boulot, Grant nous a conduit à Mundubbera à 5h30 et nous avons pris le bus de 6h22, il faisait chaud dans le bus, quelle nouveauté ! On a passé quelques heures en transit à Bundaberg à moitié dans le coaltar, puis un autre bus et en fin d'après-midi nous étions à notre auberge de jeunesse à Agnes Water. Emma, la gentille dame de la réception nous a accueillies d'un joyeux "internet gratuit, petit-déjeuner gratuit, ce soir barbecue gratuit si vous achetez une boisson et cette nuit y'a personne d'autre dans votre dortoir, c'est chouette, non ?" Putain, c'était le paradis ouais ! Dans le vaste dortoir vide et propre, il y avait aussi une douche et des toilettes propres, incredible vous dis-je, j'en aurais presque pleuré. Que c'est formidable de dormir sans avoir froid... Certes, à 6h j'étais réveillée, mais c'est pas grave, j'ai pu somnoler dans le hamac devant le dortoir, sous les cocotiers, au chant des perroquets... 

Have a break
Agnes Water, c'est chouette, y'a pas grand monde, à peine plus de 1 500 habitants. Et juste à côté Town of 1770 (parce que la flotte du Capitaine Cook a débarqué ici en 1770), c'est encore plus peinard, 56 habitants, si vous voulez y acheter une maison minuscule, soyez prêts à débourser plus de 1 500 000 $.
On s'est payé une aprèm kayak, on était les seules avec le guide, c'était sympa. Manque de bol, on n'a pas vu de requins, dauphins, tortues, ou autres baleines. Mais on est allé nourrir un chat sur un bateau et on a fait du surf en kayak, c'est pas donné à tout le monde. J'étais chargée de diriger l'embarcation sur la vague et à cause de mes problèmes de distinction droite/gauche et de mon temps de réflexion, je nous ai foutues à la flotte, c'était bien drôle. Petit en cas sur la plage en compagnie des mouettes, un verre de goon, et ça repart, balade retour au soleil couchant, la sse-cla. Ça fait mal aux bras en fait de ramer.

Town of 1770
Le lendemain, on a causé pas mal avec Emma la gentille tarée et elle nous a conseillées et booké notre voilier pour les Whitsundays ; voilà une bonne chose de faite.

échidné blond rencontré à 1770

ça c'est de la bécane !
L'après-midi, on a loué des supers vélos aux pneus énormes et on a pédalé jusqu'à Town of 1770, c'était bien joli. En plus il faisait beau, comme d'hab, ça pourrait devenir lassant à force... On a attendu que le soleil se couche peinard sur la plage en bouquinant, et nous nous sommes rentrées dans la nuit noire et obscure avec une lampe frontale et un bracelet jaune réflecteur, bonjour l'angoisse.


Cette courte parenthèse Agnes Water était parfaite pour se remettre de Mundubbera.


jeudi 17 mai 2012

Faux tos

Salut les gens !

Comme vous le savez déjà, je prends des photos qui sont parfois (voire même souvent) assez exceptionnelles. Mais j'ai une confession à vous faire. Mathilde emprunte souvent mon appareil-photo parce que le sien est plus imposant et elle a souvent la flemme de l'emporter en balade. La plupart des photos sur mes albums Picasa ne sont donc pas de moi, honte à moi. En plus, j'ai du bol, ses photos sont pas mal non plus dans le genre extraordinaire.

jeudi 10 mai 2012

Au revoir à jamais Cooranga Farm !

Les derniers jours furent difficiles. Surtout les dernières nuits. Notre boîte s'est transformée en frigo plusieurs nuits d'affilées, c'était assez dur de dormir. Les journées étaient magnifiquement ensoleillées et plutôt chaudes (25°-30°), mais une fois la nuit tombée... Un froid de canard s'abattait dehors et aussi, manque de bol, d'isolation et de chauffage, dedans. Genre 8°C.
Moi qui ai toujours affirmé que dormir dans le froid ne me gênait pas, bien au contraire... j'ai oublié d'ajouter avec une couette en plume de canard digne de ce nom et pas un pauvre sac de couchage Quechua prévu pour 12° à 9°. Franchement, c'était hard. Et devoir se lever avec un froid pareil c'était encore pire.

papillon dans sac Joey aux citrons
Pour rajouter à la fatigue de nuits pauvres en sommeil, on a travaillé des journées de dingues entre 10h et 12h. On partait par notre beau chemin de la route dans le froid du matin, encore frigorifiée de la nuit, on bossait dans nos boîtes à mandarines, puis on repartait à la nuit tombante, de nouveau avec le froid pour retrouver notre boîte frigo. Trop pas cloolsse.

insecte strange sur mon matelas
Mais il y avait la lumière au bout du tunnel, notre objectif, le mercredi 9 mai le jour de notre départ de Cooranga. On rêvait de ce moment depuis longtemps, le bus de 6h32 à Mundubbera, finir notre nuit au chaud, le bonheur en quelque sorte.

On a eu quelques moments sympas également ces derniers jours gelés.
Un nouveau président, nouvelle apprise à 6h du mat' par Jérôme qui a eu la gentillesse de se réveiller plus tôt pour nous en informer avant que nous partions au travail.

french toasts préparés par Jérôme
Le petit déj dehors à se réchauffer au soleil avec pour table de jardin le haut du meuble qui avait passé une semaine devant la poubelle (ce meuble orange aura eu une histoire extraordinaire au final).

recyclage du meuble
Notre dernière aprèm au packing tellement hallucinante de n'importe quoi, on en aurait pleuré de rire ; surtout lorsque Paul the farmer nous a complimentées sur notre bon travail et nous a invitées à revenir bosser pour lui.

mauvaises mandarines
Les derniers matins sur le chemin bucolique, il suffit d'appeler "kangourou" et le voilà qui apparaît. Cloolsse, non ?
Le dernier retour sur le chemin de la route au soleil couchant avec Jérôme, Kim l'allemande et Inae la coréenne (prononcez Iné ou appelez-la Aki), couleurs épatantes, fin du travail, début des vacances, le voyage continue !

dernier chemin de la route
Les adieux furent déchirants. Adieu crapauds, grenouilles, coackroaches, oiseaux bruyants et flippants pendant la nuit, australiens au jet-ski et à l'alcool mauvais, cuisine pourrie, Grant au rire dément, puzzle de 1 500 pièces presque fini sous mon lit, produits Black and Gold, notre boîte, coucher et lever de soleil maginifiques, Erika la suédoise qui fait de bien bons gâteaux, Lowell l'américain qui devenait de plus en plus loquace, Inae la coréenne calme et sans âge, Sylvain le gentil petit breton qui a eu la chance de partir avant nous et enfin Jérome notre sauveteur de l'humanité.

le magnifique puzzle non fini 
Mais putain quel bonheur de se barrer de ce trou à rats quand même !!!

Where is Brian ?

In the kitchen, of course !

la cuisine
La cuisine est tellement unique, je pense vraiment qu'elle mérite un post à elle toute seule.
Dans la cuisine, il y a de la moquette. De la moquette ?! C'est complètement con, qui a eu l'idée de poser de la moquette dans une cuisine ? C'est donc crade constamment.

citrouille sur fauteuil moche
Les australiens viennent y cuisiner uniquement pour utiliser la friteuse, bonjour l'odeur.

Table du petit-dèj le jour de day-off
Quelqu'un a débranché l'alarme incendie qui pendouille parce que toutes les 30 secondes ça faisait "bip". J'habite à côté, ça me stressait parfois.
Il y a deux cuisinières avec fours. Les fours ne fonctionnent pas, ça serait trop pratique sinon ; et les feux sont très lents si on en allume plusieurs en même temps.

la chaise cassée
La cuisine est meublée, c'est chouette. Mais le vaisselier est vide et crade ; et l'autre "meuble", fait maison, s'est écroulé pendant que Jérôme préparait de bons french toast au Nutella. D'après Sylvain le menuisier, c'était irréparable, on a donc voulu le mettre au feu et faire un peu de place. Mais Grant nous a stoppé dans notre élan "Il faut que je demande à Paul d'abord" Je crois que c'était la meilleure blague de l'année.

le meuble est tombé, on l'a "réparé"
Pour s'asseoir, il y a des vieux fauteuils énormes qui auraient du mal à tenir autour de la table et deux chaises dont une en très mauvais état, il faut s'asseoir sur le bord. Jérôme, une fois de plus, l'a achevé définitivement en passant à travers. Cette fois, on n'a même pas essayé de s'en débarasser, on attend l'avis de Paul. Il y a donc des vestiges de meubles délabrés qui encombrent la cuisine, on se croirait vraiment dans une déchetterie pour le coup. En plus, j'ai été obligée d'aller voler une autre chaise autour du feu de camp, un matin très tôt.

il se relèvera pas cette fois
Deux frigos sont à notre disposition. Le premier était propre mais avec des cockroaches et une odeur bizarre, puis le second est arrivé, hyper crade mais sans cockroaches, ni odeur. En l'absence de produits nettoyants digne de ce nom, Mathilde l'a nettoyé au citron. Maintenant on a un frigo propre qui sent bon, c'est cloolsse. Mais après quelques jours il ne marchait plus. On a donc réintégré le frigo qui pue.

au revoir le meuble
La porte de la cuisine est une porte coulissante qui ne coulisse plus. C'est un véritable parcours du combattant pour la fermer correctement et empêcher les moustiques d'entrer. Il faut être assez violent. Je ne comprends pas comment personne ne l'a encore cassée complètement... Peut-être sera-t-elle la prochaine victime dans la cuisine ?

à la poubelle le meuble

Les autres "autres"

Au camp, il y a aussi des moins jeunes qui vivent un peu en retrait dans leurs caravanes.

le camp
Comme Grant par exemple. Grant a 42 ans, il vit en Australie depuis qu'il a 6 ans mais se sent insulté lorqu'on le prend pour un australien ; il est écossais. Il a une alliance tatouée sur son annulaire gauche et a un coeur tatoué à l'emplacement de son coeur justement, avec en légende "Try to break this one bitch". Je pense que son mariage s'est mal fini. Il a fait plein de boulots divers et variés dans sa vie : restos, fermes, il a même failli travailler sur une plateforme pétrolière mais il s'est pas réveillé à temps pour prendre son avion. Il a aussi convoyé de la drogue en voiture.
Maintenant, il travaille à la ferme, au shed, et il est le superviseur de notre "lieu de vie". Il nous a donc réparé nos fenêtres, prêté un aspirateur, il nous emmène en ville faire nos courses... Je crois aussi que c'est un peu grâce à lui si on a pu bosser au packing.

Grant sur son beau tracteur rouge
Une aprèm, je ne sais plus comment, on a débauché plus tôt. On en a donc profité pour goûter, et tester le faux nutella. Il nous restait deux toasts et on se disait que grillés, ce serait encore meilleur. Mais point de grille-pain, ni de four qui fonctionne, ni rien du tout. Soudain, la porte coulisse difficilement et entre un type qui nous dit "salut, j'avais emprunté ça y'a longtemps" et il pose un grille-pain sur la table. Nous venions de rencontrer Jésus. Bon, en vrai il s'appelle Nathan. Il bosse également à la ferme, il passe le spray.

L'aîné de la bande, Henry, 80 ans, continue de cueillir les mandarines vaille que vaille. Bien sûr, il est vachement plus doué que nous. Je pense qu'il est un peu dur de la feuille, nous avons eu quelques dialogues de sourds ensemble, maintenant j'essaye de l'éviter.

Rob Choupinou et Henry

Le jet-ski

Matt l'australien a un jet-ski. Son père lui a apporté un jour, alors qu'il aurait dû venir la veille.
Bref, Matt a récupéré son jet-ski, il était tout content. Il l'a nettoyé au jet d'eau et au gant, lui a mis une petite serviette dessus et puis il l'a rangé devant sa porte pour la nuit. Le lendemain, il a recommencé son manège. Les jours suivants également. Matt adore montrer son jet-ski a ses copains, c'est pour ça faut qu'il brille. Il fait la même chose avec sa belle voiture blanche.

le jet-ski
On pensait qu'il allait jouer avec sur le lac pendant le day-off, mais en fait non, il a ouvert le capot, histoire d'observer ce qu'il se passe dedans. Ensuite il l'a nettoyé, une fois de plus.
En fait, Matt n'a pas d'attache pour accrocher la remorque à sa voiture. C'est ballot.
Manque de bol, Matt fait aussi parfois des essais moteur pour notre plus grand bonheur. Merci le bruit et l'odeur.

Matt a aussi un hélicoptère télécommandé et un lance-pierre que son papa lui a ramené en même temps que le jet-ski bien sûr.

Le packing shed

Pour la première fois, à la Boyne View Citrus Farm on pack. L'installation neuve coûte 1 million. Ils l'ont acheté 700 000 en seconde main. Parfois, c'est quand même mieux d'investir dans du neuf...

Packing shed
Le principe est simple. Les bins sont placées dans une grande machine par Grant et son chariot élévateur. La machine soulève la bin et la renverse délicatement sur un premier tapis. Là, Libby (la femme de Rob qui fait de très bons Lamingtons) fait un premier tri et essaye de virer toutes les mandarines pourries. Ensuite les mandarines sont trempées dans un bon bain de produits chimiques, puis séchées, passées à la cire (pour que ça brille) et elles arrivent sur les 3 tables de sorting. On est 4-5 à trier tout ce joyeux bordel. Les mandarines déboulent sur un grand tapis roulant en roulant sur elle-mêmes, éclairé au néon (bonjour le mal de crâne en fin de journée). Si elles sont ouvertes ou dégueu direction la poubelle, si elles sont trop marquées ou trop molles, direct dans le tube pour aller dans la bin à jus, si elles ne sont pas assez belles pour être des Premium, on les met sur des tapis roulants de côté. Les Premium restent sur le tapis principal. Ce sont des Premium.

sorting table
Les Premium et les secondes catégorie poursuivent leur chemin ensemble séparément (légère cloison de plastique), elles passent dans une roue qui les prends une par une pour les poser sur des coupelles séparées, elles se prennent un sticker sur la tronche grâce à la machine à stickers, puis l'ordinateur intelligent détermine leur taille et les fait tomber dans le dernier tapis roulant qui les fait glisser gentiment dans le bon carton mis en place au préalable par nos soins.

machine à stickers
Une fois plein, on fait le changement de carton, sans oublier de coller l'autocollant précisant la catégorie, l'espèce (Freemont, Imperial, citron...), la taille.

remplissage de boîtes
Le carton continue son voyage tout seul vers la balance où Letitia, la belle-soeur de Paul, vérifie le poids, rajoute ou enlève des fruits et fait glisser le carton vers la machine qui ferme et scotche. Là, Ben prend le carton et le pose sur la bonne palette.
Et voilà une affaire rondement menée.

Cartons pleins !
Sauf que :
  • la machine à soulever les bins bugue un peu parfois
  • les mandarines se retrouvent coincées dans la machine à cirer et reçoivent trop de cire
  • le tapis juste avant de tomber au sorting se bloque et il faut actionner le moteur avec une clef à molette (j'ai fait ça pendant presque 2h une fois, j'ai adoré)
  • on sait pas trop comment faire le sorting, Paul nous explique, Ken nous dit autre chose et Letitia nous montre différemment
  • le tapis après le sorting ne roule plus, il y a donc embouteillages de mandarines menant à un dégueulis de toutes parts
  • lorsque la machine est relancée, il y a trop de mandarines qui arrivent en même temps, la roue coupe des mandarines et en place plusieurs sur une même coupelle (je suis restée quelques temps à vérifier qu'il y ait bien un fruit par coupelle, à enlever les fruits machées et à siffler Paul quand la machine débordait de nouveau, c'était fun)
  • la machine à stickers fait n'importe quoi : parfois un sticker sur un fruit, souvent pas de sticker du tout et quelques fois 3 stickers sur une mandarine
  • l'ordinateur merde et a beaucoup de mal à répartir par taille, on doit donc tout retrier lorsque les mandarines tombent dans les cartons
  • du côté des secondes catégorie, le tapis roulant ne peut pas prendre des virages, alors il faut aider les cartons à tourner
  • de temps à autre il y a trop de cartons qui arrivent en même temps, embouteillage à la pesée, il faut poser des cartons par terre avant qu'ils ne se décanillent d'eux-mêmes et s'explosent sur le sol (c'est Laeticia qui gère la balance en général. À un moment, elle nous a demandé de la remplacer alors que ça faisait quelques temps qu'elle n'était plus là, bonjour le bordel)
  • les fameux cartons à citrons qu'il faut plier soi-même, pas d'étiquette à coller, il faut noter au sylo sur la carton la catégorie et la taille. Très pratique tout cela en plein rush...
cartons à citrons
Tout ça sans compter les manques de cartons et la machine à fabriquer des cartons qui s'emballe, le fait qu'il faudrait une ou deux personnes de plus pour que ce soit bien mais ils virent des gens parce qu'on est trop d'après eux.
Deux grandes idées de Paul : le smocko sans arrêter les machines. On part à deux en pause et pendant 1/4h, ils doivent gérer. Sauf qu'en cumulant tout, de 8h30 à 11h il manque 2 personnes.
Et le jour où on a travaillé presque 12h pour revenir bosser 2h30 le lendemain matin. Au lieu de faire 2 journées de 7h... quelle grande trouvaille !

pause
 Mais le retour au clair de lune était génial, ça compense (j'ai même vu une étoile filante)