La boucle est bouclée

mardi 11 septembre 2012

Enterrez-moi sous le carrelage

Voilà 4 jours que je suis à Perth et je n'ai pas eu une journée de répit. Ah si, peut-être dimanche, jour du seigneur.
La dernière fois que je suis allée chez le coiffeur c'était à Sydney en mars. Après ça, impossible de trouver un putain de coiffeur à moins de 50$ et j'ai pas envie de dépenser autant de thunes pour trois coups de ciseaux. Donc, premier jour à Perth, à la recherche d'un coiffeur pas cher. Je trouve tout de suite. J'entre ; deux coiffeurs, un client. Celui qui ne fait rien a l'air bizarre, je lui expose la situation à l'aide d'une photo, mais il a l'air de bloquer sévère. Même son collègue le trouve étrange et essaye de l'aider :
- Et ben qu'est-ce qu'il y a ?
- Je sais pas si je vais y arriver.
Voilà qui est rassurant. Son collègue l'encourage :
- Voyons la photo, oui ben si c'est facile, c'est comment à l'arrière, on voit pas ?
Et là, il fait genre de tourner la photo ; j'hallucine. J'interviens dans la conversation :
- Oui ben je sais pas comment c'est derrière, c'est court comme devant quoi.
- Ah ben oui, bon ben je peux essayer, on verra bien.
Devant une conclusion pareil, je trouve une porte de sortie :
- J'ai pas de cash sur moi, je vais chercher un distributeur.
Je ne suis jamais revenue. Faut pas déconner oh.
La vieille dame de l'office du tourisme dans la rue m'indique un autre coiffeur pas cher après s'être proposée.
Deuxième coiffeur pas cher, sur la devanture il y a marqué « Ali Baba » et je vois « professionals », me voilà rassurée. Une femme refait une mini-crête à un gars, deux clientes attendent, puis moi. Elle appelle donc du renfort. Un type arrive, peut-être le patron, je lui montre la photo, il a l'air vachement plus assuré, et en avant. Pas de shampoing, pas besoin, il a un vaporisateur. J'avais jamais vu ça, j'ai l'impression d'être une plante. Le type, en 15 min chrono avec interruption de 5 min pour faire payer le punk, il a fait son boulot, incroyable.
Le lendemain matin, me voilà à attendre que la bibliothèque ouvre (internet gratuit!). Un type chelou m'interpelle. J'hésite à l'ignorer (il a vraiment l'air chelou), mais je m'inquiète de mon karma en ce moment alors je lui réponds.
- Tu t'appelles comment ? Tu viens d'où ?
- De France.
- Moi c'est Daniel, je suis canadien. Je t'observe depuis un moment tu sais.
C'est quoi ce délire ? Il continue :
- J'aime beaucoup ta coupe de cheveux.
Salaud d'Ali Baba ! Il continue :
- Pretty tomboy. J'aime les filles aux cheveux courts.
J'aurais dû répondre « moi aussi ». Il continue :
- De toute façon, personne n'aime les filles aux cheveux longs.
J'aurais dû répondre « moi si ». Il continue :
- T'as quel âge ? Moi je suis de 73.
Je le coupe :
- Oh désolée, la bibliothèque ouvre, faut que j'y aille !
- D'accord, à tout à l'heure alors, on se voit à l'intérieur !
Je ne l'ai pas revu, mes techniques de camouflage en milieu hostile sont toujours au point.
Jour du seigneur, je change d'auberge de jeunesse et découvre mon nouveau dortoir mixte de 6 sans fenêtre avec un bordel sans nom par terre.
Perth, 4ème jour. Après une journée à écumer les librairies de Fremantle (4 bouquins, 4!), je passe à la bibliothèque profiter du net gratos. Un gars plus que chelou et qui pue comme c'est pas permis vient occuper l'ordi à côté du mien. Je tente de communiquer avec mon père et ce gars tente de communiquer avec moi. Mais qu'ai-je fait au bon Dieu ?!
- Tu veux voir une video trop cool ?
- Non ça va merci.
- Tu viens d'où ?
- Je suis française.
- Ah c'est pour ça. Vous les européens vous êtes trop malpolis, vous vous sentez supérieurs à nous, ça doit être votre éducation.
- Euh, désolée.
Il s'arrête, je me crois sauvée. Je me trompe.
- Non mais les pires c'est les suisses. Ils contrôlent tout les suisses, le monde entier. Et ils ont des bunkers rempli de nourriture et tout ce qu'il faut. Les suisses ils ont rasé Perth. Ma ville, que mes parents et mes grands-parents ont construite. Et ensuite, les suisses ils ont tout reconstruit mais en moins bien. Je hais les suisses. Il faudrait les atomiser. Parce que eux ils vont détruire le monde.
Pendant ce monologue passionnant, je me contente de quelques « ah ». Je suis quand même en train de discuter avec mon père bordel ! Et lui il me parasite. Puis d'un coup, il s'énerve
- Non mais de toute façon, je sais même pas pourquoi je perds mon temps à discuter avec des abrutis.
Et il se casse. Je respire enfin, il puait sévère.
Il me reste encore 6 jours à Perth, j'ai peur... Je vais songer à éviter la bibliothèque peut-être.



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