La boucle est bouclée

lundi 2 juillet 2012

Sur la route (non pas de Madison)

Moi qui ne suis absolument pas une campeuse dans l'âme, je me suis vite adaptée à ce style de vie particulier.


Tout d'abord, Shannon devrait me haïr mais c'est un brave toutou alors il fait avec. Je lui ai piqué son siège passager, il est obligé de passer à l'arrière, couché en hauteur sur des caisses. Je lui ai également volé son lit. Je dors sur sa banquette et lui doit se contenter du sol. En contrepartie, je le nourris et je lui apprends le français à distance pour éviter qu'il ne me bave dessus. Je dois avouer que ses progrès ne sont pas fulgurants, voire quasi nuls, mais on s'entend bien malgré tout.


Jeff a un super 4x4 Nissan Patrol qui roule au diesel et au GPL. Ce qui est parfois compliqué à trouver dans ces contrées reculées. Le diesel ça va encore mais il fut parfois difficile d'en obtenir. Les rares stations services éparpillées le long de la route étaient souvent à sec du fait du grand nombre de Grey Nomads et de road trains. Mais nous ne sommes jamais tombés en panne sèche, c'est déjà ça.
Dans le 4x4, il y a une radio qui tourne continuellement, on entend des bribes de conversation au milieu de grandes plages de silence, ça surprend toujours.
Sur le 4x4, il y a un kayak que je n'ai jamais vu à la flotte pour cause de crocos.


Dans le "coffre" de la caravane, il y a un ULM avec parachute : un aérochute. Des cannes à pêche également. Sur le toit de la caravane, des panneaux solaires et une antenne TV dépliable. Sur le côté de la caravane, dans une cachette, il y a un générateur. Et bien sûr des litres de réserves d'eau.
À l'intérieur, un frigo, un congèl, un évier, un four, une cuisinière, un lit, des banquettes autour d'une table qui tourne, une "antenne" wi-fi, plein de prises et d'interrupteurs différents (24V, 12V, 24V inverter), une télé écran plat, un panneau solaire qu'on sort parfois et beaucoup de rangements.

Lake Argyle
Entre le 4x4 et la caravane, 2 bouteilles de gaz et une cuisinière feu de bois fabriquée maison avec des bouteilles de gaz.

Jeff a la bible du Grey Nomad, un bouquin appelé "Camper wilde australia" recensant tous les espaces où l'on peut camper gratos, c'est très pratique. Dès qu'on arrive sur une aire de camping, il faut trouver le bon spot, puis on s'installe. Jeff met à niveau la caravane, je sors chaises et table pliante, on déploit l'auvent. Et voilà, canette à la main, home sweet home. Autour de nous, ce n'est que ça. Certains ont sorti le barbecue, d'autres la parabole, les panneaux solaires, il y a des vans, des camping-cars, des caravanes. On va causer, on reste peinard, le soleil se couche vers 17h, Jeff prépare le dîner, je fais la vaisselle (et ouais, ça marche toujours comme ça avec moi. Je ne cuisine pas mais je fais la vaisselle) et on regarde un film. Jeff a un disque dur externe rempli de films et de séries. À Darwin déjà il avait des problèmes de connexion. Jeff a tenté une réparation maison à base de cintre et de chaterton (duct tape). Ça n'a duré qu'un temps, pas très long. Ensuite, on a changé de câble, c'était bien mieux. Jeff a tout le matériel nécessaire pour faire un bon Dexter. D'après lui, le duct tape est la solution a beaucoup de problèmes, il voyage avec son 22 rifle (pour abattre les kangourous que nous pourrions heurter en voiture), sa tronçonneuse (même pas c'est une Husqvarna...) et un sacré couteau multi-tâche, genre couteau suisse mais version US. Mais contrairement à Dexter, Jeff n'est pas un tueur en série et c'est plutôt une bonne nouvelle.

Sur la route, simple 2x1 voie, on croise parfois très peu de voitures. C'est alors surprenant de voir autant de monde sur ces aires de camping. Mais il n'y a pas que des touristes sur la route, il y a aussi des road trains. Ce sont des camions qui ne transportent non pas 1 ou 2 remorques mais plutôt 4 ou 5. ils peuvent mesurer jusqu'à 50m de long et tracent sévère. C'est déjà pas mal d'en croiser, mais se faire doubler par un road train transportant 5 citernes, c'est impressionnant.


Les "villes" que l'on traverse ne sont parfois qu'une simple station-service/supermarché, un pub/"hôtel" et quelques maisons de ci-de là. Et puis pas une habitation, rien sur 200-400km. Juste une route, des arbres, des montagnes, quelques voitures brûlées sur le bas côté et beaucoup d'oiseaux genre corbeaux en raison de nombreux kangourous écrasés...

Bungle-Bungle

Mise en route

Je suis donc partie avec Jeff, son chien Shannon (trop cloolsse, mais j'y reviendrai), le 4x4, le canoë sur le 4x4, la caravane et l'avion (un ULM) dans la caravane, à côté de la douche.


Sacré attirail, je vous le dis.

ULM
Jeff est un plombier retraité de 60 ans. Lorsque sa femme l'a quitté il y a 5 ans, il a déprimé grave. Son médecin lui a donné deux options "Jeff mon pote, je peux te gaver d'anti-dépresseurs ou tu peux tailler la route avec ta caravane et ton chien. Shannon est super bien dressé, je peux en faire ton companion dog, il devra porter un manteau bleu affreux mais il aura le droit d'aller partout où tu iras." Jeff a dit "Banco ! Je garde la caravane" C'est ainsi que Jeff et Shannon s'en vont sur les routes australiennes environ 6 mois par an, lorsque les beaux jours sont fini à Warrnambool sur la Great Ocean Road.

Shannon a 12 ans et toutes ses dents. C'est un golden-retriever trop sympa, cool, bien élevé, bien entraîné, parfait.

Shannon
Mais en fait, c'est un peu Clark Kent. Quand Jeff lui met son manteau bleu, Shannon devient Superman. Il a le droit d'aller partout, même là où les chiens sont interdits. Il a même escaladé Uluru (et oui, Jeff est australien, bien sûr qu'il a escaladé Uluru). Tout le monde est épaté, vient le caresser, il adore ça. Il a la classe.
Et puis, il y a Cloolsse Shannon. Lorsqu'il a son manteau bleu et qu'il se tient lui-même en laisse, il est trop cool, il en devient cloolsse. Il parade, la laisse dans sa gueule, même pas il regarde les autres chiens tellement ils sont insignifiants à ses yeux. Les gens sont plus qu'épatés, c'est une vraie star, il est en smoking sur le tapis rouge avec lunettes de soleil et il ne s'arrête pas pour signer des autographes, à peine s'il sourit aux photographes. Bref, j'aime ce chien. Je voyage avec une star.

Cloolsse Shannon
Pour voyager avec Jeff, j'ai un peu menti sur mon CV. Beaucoup menti en fait. Que sur deux points en réalité. J'avais vraiment envie de partir de Darwin et d'aller sur la côte ouest il faut dire. J'ai donc répondu à son annonce et on s'est rencontrés pour discuter.
Il est arrivé avec son chien, il m'a payé un chocolat chaud et il m'a dit "t'aimes les chiens ?"
"Bien sûr, quelle question ! Qui n'aime pas les chiens ?!" j'ai répondu en essayant de me convaincre moi-même en regardant ce grand gentil chien dans les yeux en pensant "s'il te plaît ne grogne pas". C'était mon premier mensonge, j'aime pas les chiens.
Il a continué "j'adore nager, dès que je trouve un coin où il est possible de nager, j'y vais alors j'espère que t'aimes te baigner" "bueno bueno super bueno ! J'adore nager ! Je suis née avec des nageoires à la place des bras. D'ailleurs je suis verseau, signe d'eau et à 3 semaines près j'étais poisson". J'ai dû me baquer moins de 10 fois depuis que je suis en Australie. Ça fait 9 mois que je suis arrivée... Honte à moi.
Mais bon, ça a marché, il a rencontré deux autres personnes et finalement il m'a rappelée pour me dire que c'était ok !


Conclusion les enfants : le mensonge ça paye, c'était la morale de cette histoire, bonne nuit les petits, quelle belle histoire Père Castor !

Kakadu et Litchfield

Me v'là donc partie une fois de plus en circuit organisé. 3 jours en 4x4 avec un petit groupe de 9 à 14 personnes notifiait le flyer. 6h du matin, le 4x4 avec remorque stoppe devant l'auberge. Dan, le chauffeur/guide/cuisinier/DJ, vêtu de son bel uniforme poussiéreux chapeau, chemisette et bermuda me souhaite la bienvenue et me fait monter à l'arrière. Je suis la dernière, nous sommes donc 6 (+Dan). 2 banquettes face à face. En face de moi, Mélissa une allemande de 20 ans (et un peu jetée aussi), Nora et Max 19 et 21 ans, allemands également. À côté de moi Benny et Fiona, irlandais, remontent la moyenne d'âge, 26 et 27 ans, chouette !
La route est longue jusqu'à Kakadu, Dan fait le guide. Kakadu est un parc national de 20 000 km², ce qui est quand même pas mal. Il est classé au Patrimoine Mondial au niveau naturel et aussi culturel. Le parc est traversé par la South Alligator River, seul rivière au monde à ne pas être en contact avec une ville ou autre. Donc les riviérologistes du monde entier viennent y étudier la pureté de son eau. Bien sûr, faune et flore de oufs dont nos chers amis crocodiles. Rappelons que le grand méchant salty, malgré son nom, se trouve surtout en eau douce. Les freshies également, mais eux sont censés être plus gentils. Et à Kakadu, il y aussi... de l'uranium ! D'après Dan, il y a 3 mines d'uranium mais elles ne sont pas exploitées en même temps, juste une à la fois et ça tourne tous les 30 ans. D'après Jeff, aucune des mines n'est en activité. D'après le LP, j'y comprends rien. Bref, y'a de l'uranium à Kakadu.

Nous allons donc à Kakadu en hiver, saison sèche, il fait très beau, il fait chaud, toutes les routes sont ouvertes et les crocos sont soi-disant autre part. On peut aller à Kakadu en été pendant le Wet, mais il pleut, y'a de la flotte partout donc des crocodiles partout et pas mal de routes sont impraticables.

Salty
Premier stop au Corroboree Billabong pour une petite virée sur un bateau bizarre avec des vieux et des gosses. Nous allons admirer de très près, pour mon plus grand plaisir, les salties. Lorsqu'on s'approche d'un bestiau, le guide prévient les parents "tenez bien vos enfants, ne les laissez pas s'approcher du bord", ça aurait été fun pourtant. Les crocos ne bougent pas d'une écaille mais s'ils ont la moindre opportunité ils sont vifs comme l'éclair et la saisissent. Ils attrapent, un pied, un bras, des cheveux, ils nagent profondément pour noyer leur proie et ensuite ils ont de quoi manger pendant plusieurs semaines. Efficace. Il est impossible de sortir vivant d'une attaque de crocodile dans l'eau. Mais si un croco vous prend en chasse sur terre, il suffit de courir très vite en ligne droite pendant 1 à 2 minutes et vous êtes sauf. La pauvre bête a des montées d'acide lactique qui peuvent lui être fatales, il s'arrête donc sinon il y passe.
Nous voyons donc quelques beaux spécimens de salties aux grandes dents et surtout plein d'oiseaux cloolsses. Dont le jabiru aux grandes jambes, des aigles, des cormorans qui se sèchent au soleil...

oiseau aux grandes papattes
On reprend la route et nous voilà enfin à Kakadu. Nous allons à Ubirr admirer les peintures rupestres. Elles sont faites à base d'ocre et il y a différentes techniques selon les époques : Les peintures "Rayons X" (on voit l'intérieur des animaux, un peu comme sur une radio) datent d'il y a 8 000 ans. Également les peintures dites de contact représentant des hommes blancs et des fusils qui remontent donc au premier contact avec des hommes blancs. Les plus mieux, c'est les peintures des esprits Mimi qui datent de 15 000 ans. Ce sont des peintures peintes dans des endroits tellement difficile d'accès qu'il est impossible qu'un humain les ait peintes. Genre sous un orocher à plusieurs mètres de haut. Évidemment, les peintures les plus anciennes sont recouvertes par les plus récentes. Sauf les Mimi.

Mimi spirit painting
Ensuite, marche tranquille tout en haut, lookout époustouflant, vue panoramique sur Kakadu. C'est vert, c'est beau, ça claque. Des tranches de rochers noirs empilés, des trous d'eau, quelques brûlages d'arbres au loin... C'est apaisant, en plus y'a personne. Je m'éloigne un peu du groupe avant de me faire alpaguer par Mélissa qui fait chier tout le monde pour avoir sa photo parfaite (elle donne des ordres hallucinants aux pauvres irlandais qui tentent de gérer son appareil-photo.). On repart direction notre camp pour la nuit. Mais d'abord, halte à Jabiru pour faire le plein. Dan discute avec une vieille aborigène, puis elle monte à l'avant du 4x4. Nous la raccompagnons chez elle, dans sa "communauté" comme ils disent. Au bout d'une piste qui semblait ne mener nulle part, nous sommes accueillis par une troupe de chiens. Il y a plusieurs maisons, mais elle habite juste à l'entrée. Elle descend de voiture, remercie Dan et nous faisons demi-tour. Ce fut assez inattendu.

Ubirr
On roule jusqu'au camping, des kilomètres de piste rouge, forêts vertes, soleil couchant, épatant. Dîner du feu de Dieu : barbie ! Steak, saucisses, un peu de croco et de kangourou pour goûter. Quelle ventrée, c'était bon ! L'heure du swag a enfin sonné. D'après Dan, il n'y a pas de moustiques, pas besoin de dormir sous les tentes. En plus, il fait chaud, dormir dehors c'est plus mieux. En fait, il y avait des mozzies et ils nous ont bien pris la tête toute la nuit...
Peu importe, après le petit-dèj, Dan décroche la remorque et nous partons pour 1/2heure de route spéciale 4x4, ça secoue ! L'accès aux Jim Jim Falls a été réouvert 4 jours plus tôt, quelle chance ! 1 km de marche, easy peasy. En fait, non : des rochers partout à escalader comme on peut, c'est trop fun ! Pas mal de Paper Tree, avec l'écorce on peut faire du papier, un chapeau, un abri waterproof... et enfin voilà Jim Jim Falls. 150m de haut, plus grandes chutes d'eau de Kakadu.

en allant vers Jim Jim Falls
Belle plage de sable blanc bordant le premier bassin où nous nous arrêtons. On peut atteindre les chutes et la rock pool en traversant ce bassin ou en faisant le tour en marchant sur les rochers. Je tâte l'eau, c'est glacial. Moi vivante, jamais je me baignerai là-dedans ! Fiona et Benny, vaillants irlandais y vont et je ne sais comment parviennent à me convaincre (bon, je me suis fait traiter de poule mouillée...). L'eau est vraiment glaciale, une fois dedans, ça brûle tellement c'est froid. On traverse le bassin, il était temps, j'avais des crampes aux 2 pieds. Le temps d'atteindre la rock pool, je suis presque réchauffée, y'a pas moyen que je remette un orteil dans cette flotte ! Les chutes sont très belles et la rock pool vraiment très chouette mais je n'y vais pas. On refait le chemin inverse par les rochers et pieds nus ça fait mal.

Jim Jim Falls
Retour au camping par le chemin 4x4 toujours chaotique et c'est encore plus drôle lorsque des 4x4 arrivent en face. On déjeune et on part aux Moline Rockholes. Il n'y a personne, la compagnie a un permis spécial pour venir ici. Un peu refroidie par la baignade du matin, j'hésite. Pas Dan qui plonge direct. En fait, l'eau est tiède, chouette. Petit bassin, petites chutes d'eau mais c'est bien agréable. Même si je regarde partout dans le crainte de voir un croco. Dan saute des falaises, il est tout content. Nous on se fait furieusement masser par les cascades.
Ce soir, on campe sur une ancienne piste d’atterrissage de la seconde guerre mondiale. Mais d'abord, on part à la recherche d'éventuelles carcasses d'avion dans les bois mais n'en trouvons point. Cette fois-ci, pas de moustiques, douce nuit.
J'ouvre un œil, le ciel change de couleur, c'est magique. Petit-dèj et en route pour Litchfield, bye Kakadu. On va voir des termitières, j'avoue ça ne me passionne pas des masses. Certes, elles sont grandes (5m de haut) et il y a un champs remplit de termitières dites magnétiques parce qu'elles sont alignées pile-poil nord-sud.

Champs de termitières
Ensuite, Wangi Falls. On a 3/4 d'heure, le temps que Dan prépare le déjeuner sur le parking. L'eau est un peu fraîche mais ça va. Grand bassin, parfait pour nager, pas mal de monde, belles chutes d'eau. Il y a un ponton en bois sur le côté pour faire des photos avec une belle vue et un chemin qui monte dans la forêt. Je décide d'y aller dare-dare. Je suis pieds nus, grave erreur. On ne marche jamais pied nus dans la forêt (ou nulle part d'ailleurs), risque de serpent. Qu'importe, je cours et ça fait mal. Arrivée au point de vue, c'est naze, on voit que dalle. Je descends encore plus vite, je suis en retard. Me revoilà en sécurité sur le ponton en bois. 2 personnes devant moi s'arrêtent. 2 mètres plus loin, 3 personnes, arrivant en face, stoppent également.

Wangi Falls
Oh les gars, on se bouge, je suis à la bourre ! Je m'avance, il y a un serpent sur le bord. Je recule et je patiente. Il semble un peu énervé, il bouge sa tête sans arrêt. Les 2 personnes à côté de moi décident de passer alors qu'il a la tête tournée. Me voilà seule face au serpent et j'attends qu'il veuille bien tracer la route dans un sens ou l'autre. Finalement, il décide de se jeter à l'eau, littéralement. Je suis vraiment en retard, mais j'ai une excuse en béton avec preuves à l'appui. Dan, entre deux bouchées de sandwich, tente d'identifier le serpent pris en photo "ah ouais, il a l'air grand, zoome sur la tête, elle a l'air noir, sans doute un King Brown" Glups.


le serpent qui me barrait la route
L'aprèm, nous allons aux Buley Rockholes, pas top, succession de pataugeoires sans grand intérêt, innageable. Mais les australiens semblent apprécier, ils sont parés pour y passer la journée : chaises, glacière, radio. Nous terminons par les Florence Falls, pas mal de monde, mais on peut nager et on peut passer sous la cascade (oui, comme dans Tintin).

Florence Falls
Il est ensuite grand temps de rentrer sur Darwin.

mercredi 13 juin 2012

Grey Nomads

Chère famille, chers amis, mes chers compatriotes,

Demain je m'en vais pour trois jours en tour à Kakadu et Litchfield. À mon retour, je prends la route. 
En effet, voulant voyager à petit prix sur la côte Ouest (plus chère que la côte Est), je suis allée voir du côté de Gumtree si quelqu'un ne voulait pas d'une compagne d'infortune de voyage. C'est comme ça que j'ai rencontré Jeff, 60 ans, et son chien Golden-retriever (je sais plus son nom). Jeff est ce qu'on appelle un Grey Nomad. Ce sont des australiens qui, une fois retraités, partent à la découverte de leur pays en caravane, camping-car ou que sais-je encore.
Jeff a un 4x4 avec une caravane toute équipée et aussi un avion. J'ai pas encore compris quel genre d'avion. Petit, 2 places, avec un parachute arrière, ça m'a l'air strange mais je suis pas obligée de voler (Dieu merci !)
Voilà, si tout se passe bien, dans environ 2 mois je suis à Perth. Je n'aurai sans doute pas le temps (ou de connexion Internet) pour mettre à jour ce blog, j'en suis navrée.

À la prochaine mes Tim-Tam double coat !

Charles ("et j'attends !") double blague.

Darwin donc.
Capitale du Northern Territory, 74 000 habitants, la ville qui a pas de bol j'ai l'impression. Bombardée par les japonais pendant la seconde guerre mondiale, elle fut presque entièrement rasée par le cyclone Tracy le jour de Noël 1974. Sympa.

oh la belle église
À Darwin, on va à Bali parce que c'est pas cher et que c'est pas loin, on va aux parcs de Kakadu ou de Litchfield, et on va pêcher le barramundi ou autres poissons étranges. On peut aussi aller au musée qui est gratuit et pas mal du tout, notamment les bateaux (c'est cloolsse des bateaux dans un musée). Mais surtout, on va admirer le coucher du soleil à Mindil Beach, ça c'est classe.

coucher de soleil à Mindil Beach
On peut aussi aller voir des crocodiles au Crocosaurus Cove, et même se baigner avec eux dans "la cage de la mort". Non, je n'ai pas fait ça.
Sinon, y'a rien de plus à faire à Darwin. On retrouve des gens chouettes, rencontrés à Sydney, ça c'est sympa.

barramundi burger, yummi !
J'ai joué à la libraire dans une librairie d'occasion qui vend de l'art aborigène avec un vieux qui joue de l'harmonica devant. Au rayon livres français, d'ailleurs un des rares rayons français où je n'ai pas vu que de la daube, il y avait un gentil vieux monsieur français qui étudiait de près les bouquins. On a causé et il m'a demandé conseil. Un Paasilinna traînait par là, il ne connaissait pas, il est parti avec.

magnifique pile mais bon à 12$ le bouquin...
Dans cette "librairie" j'ai aussi vu la plus belle pile d'Upfield d'Australie. Parce qu'en général, dans toutes les librairies dans lesquelles je suis allée il n'y avait pas d'Upfield ou alors un seul. Bref, c'était chouette.

Katherine

Oh la la, le suspense de dingue que je vous ai mis ! Mais pourquoi donc que je me suis arrêtée à Katherine ? Pour voir un combat clandestin kangourou vs abruti à mains nues ?


Je vous rassure, c'était un peu plus censé.

Par le plus grand des hasards et par la volonté capricieuse des ondes Telstra dans l'Outback, je reçois un appel de Mathilde lorsque je suis à Tennant Creek. Elle est à Katherine avec ses parents. Ah ben ça alors, moi je m'y arrête de 6h à 7h. Ils me proposent de passer la journée avec eux pour aller visiter les Katherine Gorges. Après longue réflexion, non pas 7 ans mais une nuit, je dis Banco. Je peux passer la journée à Katherine, il y a un bus qui part de Katherine à 17h45 et qui arrive à Darwin à 21h30, au point où j'en suis.

Katherine est une ville importante du Northern Territory : environ 6 000 habitants...

chemin balisé
Il est tôt, je patiente dans le roadhouse avec quelques autres égarés du bus Ghan. Soudain, quelqu'un s'assoit à côté de moi, tiens salut Mathilde ! Je rencontre Christian, Hélène et Marie-Armelle et j'embarque à bord du camion/camping-car/van/caravane, rayez les mentions inutiles, je sais pas ce que c'est. C'est pas mal, j'aime bien. On roule jusqu'à Nitmiluk National Park et c'est parti pour la marche ! C'est le matin, il fait encore bon, nettement plus chaud qu'à Alice Springs, c'est agréable. Nous allons jusqu'à la Butterfly Gorge, on croise un papillon, putain de chemin plein de cailloux, je manque de m'étaler. Beaucoup de palmiers aussi, c'est joli. Enfin, nous arrivons à de la flotte, le chemin ne va pas plus loin, on escalade un peu les rochers pour se trouver un coin peinard à l'ombre. Dans l'eau, des tortues, la classe. Certains veulent se baquer, la plus grande interrogation étant : Y-a-t-il des crocos ? Partant du principe que pas de panneaux pas de crocos, il ne devrait pas y avoir de crocodiles. Mais bon, en fait, on sait jamais... Après tergiversations, des courageux se jettent à l'eau. Seules deux restent sur le bord : Mathilde et Charlotte, ah ben bravo ! Il paraît qu'elle était bien bonne l'eau.

tortue !
On rebrousse chemin, oh, 3 papillons ! Il fait chaud, ça faisait longtemps, je suis plus habituée. On stoppe à un embranchement. Soit on repart sur une autre balade, soit on rentre. Le groupe se sépare. Je suis Hélène et Mathilde en balade, Marie-Armelle et Christian retournent au parking. Ce sentier est plus facile, plus rapide, et le point de vue à la fin est tip-top, ça valait le coup !

beau lookout
J'ai quand même mal aux jambes en revenant à la voiture, on s'est enquillé 17km, je suis claquée. Limonade fraîche et Tim-Tam pour me remonter, le rêve. Par contre, j'esquive la séance d'étirements.
C'est déjà la fin de la journée, me voilà de retour au roadhouse. Au revoir, merci bien, c'était cloolsse !

Mon bus a eu 1h de retard... j'ai un problème avec les transports en commun, c'est pas possible autrement.

PS : en fait, vous savez pas quoi, ben ouais, c'est trop fort non ! Non mais je peux pas le dire en fait.

mardi 12 juin 2012

The Ghan

Comme vous le savez déjà, j'aime les trains. Pour ceux qui ne le savaient pas encore, j'aime les trains. Je suis un peu Sheldonesque sur les bords parfois... J'en ai entendu certains dire "parfois ?" avec une once d'ironie dans la voix, c'est inacceptable.

En Australie, il y a 3-4 grands trains qui traversent le pays, avec quelques wagons de luxe évidemment. Notamment le Ghan, qui relie Adelaïde à Darwin (et vice-versa).
Moi, j'ai pris la moitié Nord, Alice-Springs-Darwin. Départ le jeudi 7 juin à 18h, arrivée à 18h30 le vendredi 8 juin à Darwin, avec un arrêt de 4h à Katherine. Le truc trop ouf de la balle quoi.
J'arrive à la gare en avance pour enregistrer mes bagages et visiter tranquille l'extérieur du train : en gros, marcher le long de l'unique quai.
Bagages enregistrés, employés plus que sympas (SNCF, si tu m'entends) et j'admire la gare d'Alice Springs, sa statue de chameau (ou dromadaire), ses deux panneaux, son unique quai, et voilà.

Gare d'Alice Springs
The Ghan est là, long train gris, une vingtaine de wagons, je vais jusqu'à l'avant voir la loco, mais c'est impossible. Il y a les wagons voitures et ils sont en train de manoeuvrer pour faire monter les bagnoles. Oui, sur le Ghan, tu peux emmener ta voiture avec toi en voyage, la classe.
Les premiers wagons sont Platinum, classe très supérieure, puis viennent les Gold (d'ailleurs pourquoi Gold est après Platinum ?), puis en fin de train, juste avant les wagons bagages, la classe Red, la classe des backpackers et des pauvres.


Je suis dans le wagon R, certainement la voiture la plus cool de tout le train (non, j'ai pas vérifié dans les autres). J'ai, pour la première fois de ma vie, la place la plus exceptionnelle du train : premier siège, côté fenêtre et plus de 2 mètres d'espace devant moi, de quoi étaler mes jambes en toute tranquillité, bonheur ! Pour couronner le tout, il y a même une espèce de repose-pied à notre disposition, trop cloolsse. De toute façon, même sans ce super siège, les autres sont aussi très confortables avec beaucoup d'espace (une fois de plus, SNCF pour tes trains sièges inclinables, va te rhabiller !). Nos hôtesses trop cools arrivent, infos sécurité, infos "ne fumez pas sinon on vous jette du train et si le chauffeur est de bonne humeur il arrêtera peut-être le train avant de vous jeter", infos pratiques : nous avons des toilettes propres avec douche, serviettes de toilette à disposition, fontaine à eau pour remplir les bouteilles, la totale quoi !
18h, on va partir !
18h30, on est toujours là !
18h45, annonce générale : déraillement d'un train de marchandises vers Tennant Creek, comme il fait nuit et que c'est assez reculé comme endroit, personne ne peut connaître l'ampleur des dégâts avant demain matin. En attendant, on peut dormir dans le train ou aller en ville... Je reste dans le train, il fait bon, c'est confortable, je dors assez bien (alors que j'ai regardé "Cloverfield" pour le dîner).


Debout avant le lever du soleil, j'attends les infos. Qui ne tardent pas à venir, dans un style très SNCF, mais en plus sympathique : "Juste pour vous informer qu'on n'a pas plus d'informations pour l'instant. Par contre, petit-déjeuner gratuit au Matilda Café !" Oh yeah ! En plus, c'est la voiture juste à côté, youpi ! J'en profite pour charger mon laptop avant que ce ne soit la guerre des prises de courant (juste 3 prises disponibles). Big aussie breakfast : oeufs brouillés, bacon, saucisse, hash brown, tomate, toasts, beurre, confiture, chocolat chaud, chouette. Je passe la matinée au café, à discuter avec les passagers du wagon R, à jouer aux cartes et à glander en fait. Une fois mon laptop chargé, je fais un tour dehors, il fait très beau mais très froid. Je m'incruste dans les classes Platinum : bois, porte qui s'ouvre avec une carte comme à l'hôtel, grande cabine confortable, que des vieux, lounge très classe, je me fais finalement refouler par l'hôtesse avec un grand sourire. J'ai réussi à piquer un sous-verre Ghan avant de partir, je suis fière. Les classes Gold sont pas mal non plus, mais bon pas aussi bien que le Platinum, forcément.

le wagon voitures
À 11h, on nous fait comprendre qu'on ne voyagera pas en train, les dégâts doivent être assez importants. Plusieurs choix s'offrent à nous : se faire rembourser et voyager par nos propres moyens ; rester à Alice Springs jusqu'à lundi et prendre le Ghan suivant ; ou prendre les bus qu'ils vont affréter spécialement pour nous. Je choisis le bus, ayant déjà réservé mon auberge à Darwin (j'ai juste eu à repousser la date de mon arrivée).
Déjeuner gratuit aussi, wrap frais, pas mal du tout, j'aime ce train. Je me paye un Sprite et tente un Tim-Tam Slam au Sprite, c'est bizarre mais pas dégueu. 13h, ça y est, on sait tout, nos bus vont arriver et et nous partirons à 15h. Il y a 18h de route jusqu'à Darwin, en comptant les arrêts obligatoires, ça fait 21h, nous devrions être à Darwin vers midi le samedi 9. Même pas 24h de retard, bravo le Ghan !
J'ai été halluciné de la patience et du calme de tous les passagers, pas un seul pour s'énerver ou gueuler contre les hôtesses. En même temps, il n'y avait que deux français. Dans une situation pareille en France, il y a une émeute dans le train. Les employées nous remercient d'ailleurs de notre cool attitude.
Il va sans dire que les passagers Platinum et Gold ont été pris en charge en premier et qu'ils ont continué leur voyage en avion et non en bus.

ma place
Les bagages sont déchargés, je dis au revoir au Ghan. En attendant le bus, on nous distribue une lettre d'excuse et un bon de réduction de 25% sur le prochain trajet avec un "grand" train. Ça tombe bien, je compte prendre l'Indian Pacific ! En montant dans le bus, distribution de bouteilles d'eau, merci beaucoup à la Southern Great Rail ! J'ai adoré mon voyage en Ghan ! SNCF, t'es vraiment trop naz, tu t'es pris un 8-0 dans les dents.

en attendant le bus
Le bus pour le coup était très inconfortable, mais bonne ambiance car la voiture R était là ! C'était une espèce de bus scolaire, ventilation bruyante et un peu défaillante, et le chauffeur avait l'air d'être un retraité rappelé spécialement pour l'occasion. Mais bon, on a roulé. Le chauffeur nous fait des speechs assez intéressants avant et après chaque arrêt un peu dans le genre "Tennant Creek, grande ville, je me souviens j'y allais pendant mes vacances quand j'avais 10 ans, j'allais pêcher avec mon grand-père non loin d'ici, je me souviens encore du barramundi de 3 mètres que j'avais sorti de l'eau à la force de mes bras et de l'étincelle de fierté dans les yeux de ma grand-mère qui nous l'a cuisiné pour le dîner. Et une fois, j'ai dû dormir dans la chambre du bas parce que j'avais prêté mon pull. Katherine, ça fait bien 10 ans que je suis pas monté jusque là, à l'époque les kangourous sauvages traversaient la rue en nous saluant d'un coup de patte, on organisait des combats clandestins à mains nues hommes vs kangourous, j'ai trouvé ma première pépite d'or dans la gueule d'un crocodile abattu d'une balle entre les deux yeux..." mais bon, en fait, j'entendais rien (à cause de la ventilation bruyante) alors j'ai probablement tout inventé.
Bref, c'était folklorique un peu tout ça.

notre bus
Et finalement, je me suis arrêtée à Katherine.